
Scénarios géopolitiques autour du lac Tchad à l'horizon 2050
Dans le cadre de la préparation d'une Conférence des Parties (COP), WWF a sollicité CASSINI afin de conduire un exercice prospectif sur l'évolution géopolitique de la région du lac Tchad à l'horizon 2050.
L'étude reposait sur un paramètre central : l'évolution du niveau du lac selon différentes projections climatiques. À partir de quatre trajectoires possibles, d'un lac à son niveau maximal à un assèchement quasi complet, CASSINI a analysé les conséquences territoriales, économiques et sécuritaires pour les États et les populations riveraines.
Le lac Tchad constitue un espace vital pour plusieurs pays (Tchad, Niger, Nigeria, Cameroun) et pour des millions de personnes dépendant de ses ressources pour l'agriculture, la pêche et le pastoralisme. Son évolution hydrologique influence directement les équilibres économiques locaux, les dynamiques migratoires et les tensions sécuritaires.
Dans une région marquée par la fragilité institutionnelle et la présence de groupes armés, notamment djihadistes, la question climatique ne peut être dissociée des enjeux géopolitiques. L'objectif était donc d'imaginer les conséquences politiques, sociales et sécuritaires des différentes trajectoires climatiques envisagées.

Les scénarios climatiques ont été établis à partir de travaux scientifiques spécialisés. CASSINI a ensuite construit quatre trajectoires géopolitiques correspondant à ces hypothèses hydrologiques : un lac à son niveau maximal ; un lac largement asséché ; deux scénarios intermédiaires.
Pour chacun, une analyse multi-niveaux a été menée :
- dynamiques agricoles et pastorales,
- recompositions territoriales, pressions démographiques,
- concurrence pour l'accès aux ressources,
- mobilité des populations et impact sur les équilibres sécuritaires.
L'étude a également intégré une lecture historique de la région afin d'identifier les précédents et d'éviter une approche linéaire des effets climatiques.
L'analyse a révélé des effets parfois contre-intuitifs. Si un lac plein peut apparaître comme une bonne nouvelle pour une région désertique, l'expérience historique montre qu'un niveau intermédiaire favorise souvent davantage les activités agricoles et pastorales grâce à l'exploitation des terres humides.
À l'inverse, un lac à son niveau maximal peut réduire les surfaces exploitables, déplacer les populations et générer de nouvelles tensions locales.
De même, un assèchement important ne produit pas uniquement des crises humanitaires : il modifie les équilibres territoriaux, favorise certaines mobilités et peut redéfinir les zones d'influence des groupes armés.
Chaque trajectoire climatique induit ainsi des recompositions géopolitiques distinctes, affectant la stabilité régionale et les politiques de sécurité.


Les cartes et scénarios présentés ont permis de capter l'attention des décideurs en mettant en évidence les liens directs entre changement climatique et dynamiques géopolitiques.
L'étude a contribué à déplacer le débat : le climat n'est pas seulement un enjeu environnemental, mais un facteur structurant des rapports de force, des vulnérabilités sécuritaires et des trajectoires politiques régionales.
Ce projet illustre la capacité de CASSINI à articuler prospective climatique et analyse géopolitique afin d'éclairer les décideurs sur des situations complexes où les variables environnementales redessinent les équilibres stratégiques.
